Retour sur la « Re-boules-tada » de Forcalquier

Forcalquier, 6 juillet 1991.

Tout allait comme sur des roulettes pour Jacky Poirot alias « Dragunov », et Jean-Vincent « 7-62 » Brossard, qui se dirigeaient tout droit vers la finale de la coupe de l’Amitié de la Commune de Forcalquier, l’évènement sportif le plus attendu de l’année dans cette région qui respire la boule.

A la suite d’un parcours jusque là sans encombres, la demi-finale qui les opposait à la paire Rayane Ramos/Kevin Gillot ressemble à un parcours de santé, comme c’était prévisible : en effet dès le début le rapport de force entre les adversaires du jour paraissait complètement déséquilibré et insurmontable : d’un côté la paire Jacky/Jean-Vincent, deux vieux briscards habitués du circuit qui remportent tous (ou presque) les tournois du comté depuis des années face à deux jeunes sans référence au plus haut niveau que même les observateurs les plus assidus ne connaissent pas vraiment, et dont la présence à ce stade de la compétition représentait une véritable énigme pour tout le monde.

 

10 à zéro en à peine 20 minutes, pour le suspense on repassera. Alors que les spectateurs présents commencent à converger vers la buvette en espérant y trouver plus de sensations fortes qu’autour du boulodrome l’impensable se produit : Jacky force son tir, qui s’envole et échoue en dehors du rectangle. Intrigués par ce manqué inhabituel, les spectateurs affluents à nouveau autour du terrain, les premiers quolibets comment à fuser, l’atmosphère s’alourdit et la tension monte d’un cran. Même Jean-Vincent semble légèrement perturbé, tout en continuant d’afficher une certaine confiance, il en faut plus pour déstabiliser de tels champions !

Deuxième chance pour Jacky, qui manque à nouveau complètement son tir. Ce qui n’était qu’un embryon de doute se mue petit à petit en sourde panique : mais qu’arrive-t-il à Jacky ?

Contaminé par la fébrilité de son partenaire, Jean-Vincent perd complètement les pédales à son tour. La paire Ramos/Gillot, qui n’en demandait pas tant, en profite : 10-3, la partie est relancée, même si Poirot et Brossard conservent les cartes en main. On se dit alors que passer à travers une manche, ça arrive à tout le monde, même aux meilleurs, et on pense encore la victoire des deux compères inéluctable malgré ce faux pas inhabituel.

Le premier tir manqué par Jacky Poirot, le début de la fin pour la légendaire doublette

Mais ce qui aurait dû n’être qu’un léger accroc sur le chemin de la gloire devient un accident industriel. La suite de la partie est une succession de tout ce qu’il faut faire si vous souhaitez perdre un match qui vous semblait promis : mains et poignets complètement crispés, tirs trop tendus, imprécisions répétées au pointage, sur fond d’invectives et prise à partie du public, ou encore attaque ad hominem envers l’arbitre, tandis que la paire Ramos/Gillet, galvanisée, réussit tout, même ses tentatives les plus improbables, sous les yeux ébahis d’une assistance qui peine à reconnaître ses champions.

La défaite 13-10 est sans appel et pour la 1ère fois depuis la création de la coupe, en 1968, la finale se jouera sans la paire Poirot/Brossard.

Rayane Ramos exulte après cette formidable « Reboultada », suivi de près par Kevin Gillot

C’est une véritable déflagration pour la planète boule de Forcalquier. Que vient-il de se passer ? Comment expliquer une telle déconfiture ? Ces questions sont sur toutes les lèvres et comme aucun des joueurs n’a jamais souhaité s’exprimer à propos de cette déroute, le mystère reste entier.

Quelques « proches » évoquent une lassitude face à la victoire, une forme de dépression pour 2 géants qui ont perdu le « goût de la gagne », qui ont « pêché par excès de confiance » quand d’autres des causes plus « pratiques » ont été évoquées : le match s’étant déroulé juste après le traditionnel cassoulet de madame Poirot, qui aurait gravement indisposé monsieur…

Les conséquences ? Terribles pour la doublette Poirot/Brossard qui n’a jamais pu s’en remettre et s’est séparée brutalement après 25 ans de jeu ensemble, et anodines pour la doublette Ramos/Gillot,  qui retournèrent dans l’anonymat après une cuisante défaite en finale  rendant l’analyse de ce résultat encore plus ardue.

Les théories du complot les plus farfelues n’ont pas tardé à se greffer à ces explications d’ordre psycho-physiologiques, contribuant à enrichir encore un peu plus la légende de cette partie que personne n’a oublié.

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